Sa-cha

Stop à la pression et vive l’imperfection !

Sommes-nous collectivement en train de remplacer un diktat par un autre ? Cette course interminable à la perfection est-elle devenue le nouveau mal du siècle ?

Devenir un citoyen parfait et correspondre en tout point (ou presque) à une certaine “norme sociale”. Manger bio, pratiquer l’éducation non violente, ne pas se mettre en colère, être sensible à toutes les causes positives d’ici et d’ailleurs…

Et si on lâchait prise en s’accordant d’être merveilleusement imparfait.

De la pression individuelle à la pression collective

La petite voix

Vous la reconnaissez cette petite voix ?

« Tu n’en fais pas assez, et ce que tu fais, et bien tu pourrais le faire mieux ! “

« Tu ne crois quand même pas qu’en recyclant tes cartons tu endigueras le réchauffement climatique ?»

« Non, pas toi, ne me dis pas que tu as osé t’énerver avec tes enfants ! »

Ça suffit !!!!! 

Je regarde autour de moi et entends toutes ces voix qui se propagent à l’infini… Comme une bande dessinée où chacun se déplace avec une bulle de pensée accrochée à son esprit en permanence. Quelquefois dormante, souvent bouillonnante. 

Communication non violente, éducation alternative, psychologie positive, véganisme, management collaboratif, transition citoyenne, cause animale,bien être du corps et de l’esprit et j’en passe…..  

Pensons-nous vraiment qu’il est humainement possible qu’une seule et même personne puisse incarner tout cela ? 

Bien sûr que non ! Alors pourquoi espérons-nous, encore et bien trop souvent, y parvenir. 

Pourquoi nous imposons-nous à nous-mêmes et aux autres cette impossible équation !

Christophe André , psychiatre et psychothérapeute français pose différentes hypothèses sur le sujet : manque d’estime ou de confiance en soi; croyance que la critique personnelle est un moteur au dépassement de soi.
Il a d’ailleurs écrit un livre dont le titre évocateur « Libre, heureux et imparfait » nous laisse penser qu’il est possible de se libérer de ce carcan !

La voix collective

Vous est-il déjà arrivé de rechercher soutien et conseils dans votre quête effrénée à devenir végan auprès d’un groupe Facebook dédié à cette thématique ? 

Rien de plus normal que d’aller chercher compréhension et soutien auprès de nos pairs. Cela m’est arrivé et c’est une des raisons qui me poussent à écrire ces lignes. Quand je me suis connectée et ai lu les échanges, j’ai eu un choc. Ce que j’y lisais était simplement dingue ! 

Avez-vous déjà essayé de dire dans un groupe sur la parentalité positive que vous étiez une mère qui, parfois, voulait simplement mettre ses enfants en location temporaire ? Franchement cela nous est arrivé à tous à un moment ou un autre.

Avez-vous déjà avoué à une communauté “zéro déchet” qu’il vous arrivait un peu trop souvent d’oublier vos Tupperwares et d’être bien content d’avoir des sacs en plastique ?

Je l’ai vécu, je l’ai vu et j’ai ressenti une immense empathie pour moi et toutes ces personnes qui se jugeaient de ne pas en faire assez ou assez bien. 

À ce moment précis, quand on se sent le plus fragile, les commentaires fusent et un peu trop souvent la bienveillance disparaît. Les jugements tombent cachés derrière des intentions de “bonne amie qui veut t’aider à progresser”. 

À toutes ces bonnes amies, je veux dire haut et fort ” Stop avec cette injonction collective et culpabilisante ! “. 

Pas vous. Pas ici !

Illustration de Muriel Douru tirée de son livre "Chroniques d'une citoyenne engagée"

C’est ce qu’on appelle la pression collective ou sociale. Elle se caractérise par l’influence exercée par un individu ou un groupe sur chacun de ses membres dont le résultat est d’imposer des normes dominantes en matière d’attitude et de comportement.” Wikipedia

Alors oui nous sommes individuellement et collectivement responsables. 

Nous subissons cette pression sociale autant que nous l’imposons. 

C’est une triste réalité. Imaginez si dans nos propres sphères nous refusons l’imperfection. 
Qu’en est-il des autres, de ceux qui n’appartiennent pas au groupe de pensées qui est le nôtre.  

Ce mécanisme a été analysé et étudié pour comprendre les rouages de nos comportements et leur impact sur le groupe et chacun d’entre nous. Ces études ont permis de distinguer différentes formes de pression collective et d’analyser nos comportements individuels face à chacune. 

Je ne vous parlerai ici que de celle réalisée par Solomon Asch (1907-1996), psychologue américain, qui s’est intéressé à ce phénomène. Je vous invite cependant à plonger dans les références à la fin de cet article pour véritablement comprendre les mécanismes de la pression sociale. Comprendre revient à se donner une chance de faire autrement. C’est le début de différemment…

Maintenant, revenons-en à Solomon Asch.
Dans les années 50, il réalise une expérience pour étudier les effets de la pression sociale sur le comportement. Elle est très édifiante.

vidéo en anglais sous-titrée français

Jérôme Lichtlé nous parle des expériences de S. Asch dans son article «Le conformisme, ou comment l’être humain devient un mouton ». 

Le passage suivant en est extrait.
« Les expériences de Asch ont été répliquées plus d’une centaine de fois dans près d’une vingtaine de pays de cultures variées. Les résultats obtenus diffèrent assez peu : les gens conforment 20 à 40% de leurs réponses à celles du groupe. Ce taux peut vous sembler faible, mais rappelez-vous que la tâche demandée était très simple. « C’est presque comme si les gens disaient voir un chat quand on leur présentait l’image d’un chien parce que d’autres l’avaient fait avant eux » (Thaler, R. H. et Sunstein T. R., p.107) »

Je vous conseille aussi, si le sujet vous intéresse, le livre passionnant écrit par le prix Nobel d’économie 2017 : Richard H. Thaler et Cass Sunstein. “Nudge : la méthode douce pour inspirer la bonne décision. Livre auquel Jérôme Lichtlé fait référence.

Et si on commençait par autoriser les imperfections d’autrui ?

C’est incroyable comme certains mécanismes ont la vie dure.

​Cette histoire remonte à la nuit des temps. Mais que l’on s’intéresse à une époque pas si lointaine où un mouvement de résistance citoyenne a éclaté.

Une résistance à un système éducatif trop contraint. Une résistance à un manque de liberté individuelle dans une société coupée de la créativité, de la spontanéité et des richesses des personnes qui la composent. Une résistance à l’idée que l’ère industrielle et la société de consommation étaient ce qui nous arrivait de mieux. 
À cette époque, pourtant pas si lointaine, on pensait malheureusement que les jeunes n’avaient pas grand-chose à dire.

Ils ont été nombreux ceux qui ont lutté pour défendre une autre vision de la société, de l’éducation, de la consommation et de la citoyenneté. Ceux qui ont refusé les normes du groupe social.

Affiche de Mai 68

Parce que c’est bien de cela dont on parle. 

Accepter d’être “hors-norme” et tolérer que les autres le soient aussi. 

Rappelons-nous “Une norme sociale est une règle implicite ou explicite qui prescrit le comportement adéquat à adopter en société dans des situations bien déterminées. Ces normes sont donc une source d’influence importante de par le fait qu’elles prescrivent aux gens la façon dont ils devraient se comporter afin de ne pas être catégorisés comme « hors norme ». Wikipedia

Je fais moi aussi mon examen de conscience en écrivant ces lignes. Car comme bien d’autres, au nom du bien et du juste j’ai certainement voulu imposer mes choix comme des normes sociales à respecter. Et gare à ceux qui tentaient de m’expliquer que leur choix n’était pas le mien.  À cet instant précis je pense à ma famille et à nos nombreux débats sur ce qui est bon pour la société ou pas. Sur ce qui est juste ou pas. 

Alors, posons-nous collectivement la question ! 

Ne sommes-nous pas en train de trahir tous ceux qui ont défendu la liberté de penser et d’être ? 
Ne sommes-nous pas entrain de nous trahir individuellement en reproduisant certaines des erreurs que nous avons fui : intolérance, sectarisme, jugement, pression sociale et course à la perfection.

Nous sommes multifacettes.

Il est des choses contre lesquels on se dressera. C’est ainsi et cela ne s’explique pas. Des sujets pour lesquels on est prêt à entrer en résistance.
Ces sujets sont ceux qui nous définissent. Face à eux nous réagissons et agissons spontanément. 

Et puis il y a les sujets pour lesquels nous allons nous convaincre d’agir. Nous allons faire appel à notre “intellect”, la partie du cerveau qui va nous démontrer que compte tenu de ce que nous sommes et de là où nous sommes, de ce que nous défendons et ce en quoi nous croyons et bien il n’est pas possible de ne pas agir ou ne pas être sensible à cette cause.

C’est ainsi que se divisent nos engagements. 

Ceux que l’on n’explique pas, spontanés et infatigables et ceux qui sont conditionnés par l’extérieur, l’intellect, l’analyse, la peur de déplaire, le sentiment de ne pas être parfait… Les fameuses injonctions individuelles et collectives.

Et nul n’est tenu d'être un super héros

Ne devrions-nous pas redistribuer les cartes pour que chacun récupère ce qui le définit et laisse aux autres ce qui les caractérise.

Pour ma part l’injustice sociale ça me rend dingue !

Par contre je ne suis pas certaine que la cause des baleines me corresponde vraiment.

Ça y est c’est dit !!!! Je redresse la tête et j’assume.

Ben oui, je ne parle pas le Baleine, je n’ai pas d’amie Baleine et en fait je ne connais pas grand-chose aux baleines, car ce n’est pas un sujet qui me touche aux tripes.

Par contre les plantes je peux vous en parler pendant des heures. Je parle le plante, j’ai des amies plantes et ce sujet me transporte.

Alors ne faut-il pas laisser le sort des Baleines à des personnes qui seraient prêtes à entrer en résistance pour les sauver ou améliorer leurs conditions ?

Est-ce qu’en me délestant de ce poids de la culpabilité je ne pourrais pas donner plus de temps et d’énergie à ce qui me définit ?

Je travaille avec les plantes, car je suis intimement convaincue qu’une autre relation à la nature est possible. Je suis intimement convaincue que nous pouvons grâce à elles réinventer une modernité empreinte de créativité et de douceur. Je suis intimement convaincue qu’elles ont énormément à nous apporter.

Je vibre en découvrant leur fonctionnement et leur incroyable capacité à nous toucher au coeur de notre humanité. J’accompagne des personnes à entrer en résonance avec elle et découvre jour après jour la beauté incroyable qui nous lie à elles. Je les admire et elles me fascinent. J’apprends tous les jours et je transmets. J’enseigne la langue plante et aide ceux qui le souhaitent à se reconnecter à leur part de merveilleux grâce aux plantes.

Quand il s’agit d’elles, je me dresse et défends leur droit à être bien plus que de simples objets qui trônent dans nos appartements ou nos maisons.

Alors si les défenseurs des baleines sont animés par les mêmes vibrations que moi pour les plantes et bien j’accepte de ne plus jamais me culpabiliser et d’abandonner aux autres des causes que j’avais rejointes au nom d’une culpabilité auto-imposée.

Qu’on se le dise, le citoyen parfait n’existe pas ! N’est-ce pas incroyablement libérateur ?

Et maintenant que fait-on ?

Bien sûr il y a des exceptions. Bien sûr nos comportements ne sont pas tout blanc ou tout noir. Bien sûr il existe des êtres doués d’une capacité à la tolérance et au non-jugement.
Mais il n’en reste pas moins qu’une majorité d’entre nous n’avons pas fait ce choix assez souvent.

Et si nous tentions de marier la résistance à la tolérance ?

Nous sommes de plus en plus nombreux à tenter, jour après jour, de bouger les lignes pour plus d’ouverture et de changement positif.
Nous résistons et réinventons.

Notre actualité en est le témoin. Résister à une société qui ne voit pas la femme comme l’égal de l’homme. Résister à l’homophobie et le rejet de l’autre au seul motif qu’il est différent. Résister à la maltraitance animale. Résister aux injustices sociales. Résister au surmenage en entreprise et faire valoir son droit à plus de temps. Résister aux nouvelles technologies pour créer un nouvel équilibre…

Mais résistance ne veut pas dire intolérance. Résister revient à refuser en choisissant de ne pas participer, en essayant de sensibiliser en s’assurant de ne pas hésiter. Mais cela ne signifie pas qu’il faille être intolérant.

“Attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres” Larousse

Nous prônons une société ouverte à l’autre. Nous défendons des valeurs de partage. Nous brandissons le bien commun et le collectif comme des valeurs à protéger et répandre. Et pourtant.

Nous avons du mal à être tolérant envers ceux qui ne font pas les choix que nous faisons, qui ne défendent pas les causes que nous défendons.

Je ne suis pas parfaite. Il n’est pas parfait.
Nous ne sommes pas, collectivement, parfaits.
Je refuse de juger pour exister. Je ne veux pas diviser pour régner.

L’histoire passée et récente nous a souvent montré qu’il existait différentes façons de défendre nos idées. Différentes manières de s’adresser aux autres.

Certains ont brandi le jugement comme étendard d’une société qui se voulait juste et égalitaire.
D’autres, dans une histoire plus lointaine, ont fait des choix différents. Ils ont refusé d’abdiquer face à leurs idées, mais ils ont aussi refusé de rejeter celui qui ne pensait pas comme eux.
Je les admire.

Conclusion

Nous construisons la société de demain non pas uniquement en défendant les causes que l’on trouve justes.
Nous la construisons aussi à travers nos actes et notre capacité à incarner jour après jour les valeurs que l’on prône.
Alors, soyons fiers de nos engagements et faisons de la tolérance l’étendard d’une société capable de se réinventer.

Et vive les plantes ! Mes silencieuses et tolérantes amies de tous les jours…

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Discutons...

1 réflexion sur “Stop à la pression et vive l’imperfection !”

  1. A enfin…. je partage tellement cette réflexion, la tolérance est ce qu’il nous manque le plus dans cette société, la plupart des “hommes” sont coupés du coeur mais nous les moutons noirs veillons à les éveiller en douceur et avec bienveillance et oui parfois aussi avec colère, OSONS le dire !!

    Infiniment merci Sa-cha

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